Saint Joseph El Biar

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Hommage à Fr. Louis (Le Carnet Noir)

  
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1914-2009
Le vieux lion est mort 

Tristes, nous sommes tous tristes en ce 14 novembre 2009, nous les anciens élèves du pensionnat Saint Joseph d’El Biar
.
 
A 95 ans, frère Louis s’en est allé…
 

Nous étions tous « ses enfants », toutes générations confondues.

Il avait le don de tirer des galopins que nous étions le meilleur de nous-mêmes : pensionnaires, demi-pensionnaires, externes nous l’avons tous croisé lors de nos années studieuses au pensionnat.

 

Impossible de lui échapper, il était partout à la fois : en classe lors des cours on entendait les mouches voler, dans les dortoirs le silence était de règle et les farces de pensionnaires n’atteignaient jamais leur but tant il avait l’œil acéré et prompt à déceler toute tentative du plus rusé d’entre nous, sur les terrains de sport il n’hésitait pas à remonter un peu sa soutane pour nous faire une démonstration digne du meilleur spécialiste de la discipline et que dire de la chorale, non de sa chorale, renommée intra-muros, mais aussi dans les environs d’Alger, dont les voix juvéniles ravissaient les mélomanes car il avait l’oreille pour trouver parmi nous les sons les plus harmonieux même chez ceux d’entre nous qui s’évertuaient à chanter faux pour lui échapper…

Son sifflet, ses lunettes teintées, son accent si particulier, son air sévère cachaient pourtant un cœur d’or.

  
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 Frère Louis et la Chorale de Saint Joseph


Notre ami Gabriel PONS qui lui rendit parfois visite à Irun, a retracé dans un écho de Saint Jo le parcours exceptionnel de cet homme qui s’imposait dans toutes les situations où le conduisirent sa vie lasallienne :

 Frère Louis : une vocation, une vie. 

« Tout a commencé en septembre 1914, peu après le début de la première guerre mondiale.

 

A Zizurkil, petit village de quelques centaines d’habitants au Pays Basque Espagnol à 80 km d’Irun. La famille Arrastoa accueillait José-Mari, leur dernier enfant qui faisait la joie de ses sept grands frères et sœurs.

 

Tout jeune adolescent, il quitte le cocon familial pour entamer le petit noviciat à Irun.

 

Un an après, il franchit la frontière pour aller à Mauléon continuer ses études et perfectionner son français. Six mois suffisent à cet étudiant doué pour être au top niveau.

 

Et le voilà, seul de sa promotion, à monter à Liège en Belgique pour effectuer pendant trois ans son grand noviciat dans la maison mère. Puis, son périple continue par une année de formation à Pollença à Majorque. C’est enfin son premier poste comme enseignant au sein des frères de Saint Jean Baptiste de la Salle, qu’il effectuera aux îles Canaries pendant un an.

 

Arrive enfin sa nomination en Afrique du Nord. A Casablanca au Maroc d’abord, où il enseignera pendant neuf ans et ensuite à Saint Joseph d’El Biar en Algérie.

 

Ceux qui ont eu la chance de passer une année dans sa classe se souviennent de l’efficacité de ses méthodes. Personnellement, je me rappelle des heures supplémentaires de nombreux jeudis à faire de la gymnastique des doigts pour tenter d’apprivoiser ces satanés pleins et déliés de la plume sergent-major ! que pourtant frère Louis dominait, lui, d’une dextérité artistique, ce qui m’a toujours fasciné. Il avait aussi et surtout la charge de la chorale. Si on se souvient des différents solistes qui se son succédés, on ne peut oublier tous les chœurs qui en ont fait la renommée. Elle était souvent demandée pour animer la messe du dimanche, en l’ église Sainte Elizabeth , qui était retransmise sur radio Alger.

 

Il a encore assumé d’autres responsabilités à El Biar jusqu’à en devenir le directeur. Et c’est à ce poste en 1976, qu’il a reçu l’ordre des autorités algériennes de leur remettre les clés de notre cher pensionnat, suivi d’un état des lieux sans concession.

 

Son retour en France a coïncidé avec la naissance de notre association, mais a nécessité pour lui une année de repos et de récupération physique à Notre-Dame de la Blâche. C’est alors qu’il rejoint Paris à la Maison Mère qui a pour nom bien sûr Saint Joseph, afin d’y occuper un poste de relations publiques, et en particulier pour obtenir des visas pour les frères étrangers. Mais à peine un mois s’est-il écoulé que le Frère Visiteur de France lui propose la direction de La Blâche. Après plusieurs jours d’hésitation, il préfère rester à Paris où sa soutane et son rabat lui ouvrent les portes les plus hermétiques des ministères et des consulats. Et son charisme lui permet d’obtenir des documents impossible à avoir et dans des délais incompatibles avec les administrations. Il ira même jusqu’à forcer la porte du Nonce Apostolique pour obtenir satisfaction.

 

Cela va durer pendant dix-sept ans, mais une maladie insidieuse lui paralyse petit à petit les jambes.

 

A 78 ans il obtient de prendre sa retraite dans son pays natal à Irun.

 

Un encéphalogramme révèle que c’est le liquide céphalo-rachidien qui lui comprime une partie du cerveau. Un chirurgien trouve une solution temporaire et une intervention lui redonne son autonomie, lui permettant ainsi de marcher presque normalement, sauf que, comme il le dit « il a difficultés à prendre les tournants ».

 

Sa vie de jeune retraité s’écoule paisiblement en toute quiétude. Il est très bien entouré, l’une des infirmière de la maison n’est autre que sa petite-nièce et il reçoit de nombreuses visites de sa famille. Même celle d’un neveu, frère des Ecoles Chrétiennes au Venezuela .

 

Un jour, une perte d’équilibre le coince entre son lit et le mur. Ses appels ne dépassent pas la porte fermée de sa chambre. Qu’ à cela ne tienne, dans sa poche, son sifflet fétiche est là, dont le son strident lui permettra de sortir de ce mauvais pas… »

 
 

Au revoir, Frère Louis, reposez en paix.


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