Saint Joseph El Biar

http://saint-joseph-el-biar.fr/

celui de Serge Allès (Parcours de Vie)

 


D’HIER A AUJOURD ’HUI
 
 

Puisqu’il faut ouvrir le bal, je me dévoue…

 

Le pensionnat Saint-Joseph est un peu comme l’école universelle qui mène à tout à condition d’en sortir.

Pour moi, la question a vite été réglée, car n’ayant pas voulu faire « tocafero », la porte marquée « sortie » m’a été spontanément ouverte.

Muni de mon précieux bagage intellectuel, accumulé par sept années de présence, il me restait à décrocher le fameux BEPC de fin de cycle.

Ma maman a sonné à la porte des Cours Pouyanne, où dans une autre ambiance, je pus effectuer le trimestre qui me manquait pour finir ma troisième et me présenter au brevet.

A la rentrée 1953/1954, j’étais en seconde au Lycée Gautier.

 
Toutefois, se faire virer ça secoue un adolescent…
 

Et les doutes s’installèrent : trop jeune pour la seconde, j’étais mal dans ma peau, incapable de choisir parmi les orientations d’un futur parcours scolaire devenu, de toutes façons, trop onéreux pour ma famille.

En octobre 1954, je désertais la classe de première : implicitement je devenais  bac moins un !

 

Habitué des petits boulots de vacances, je suis entré dans le « monde du travail » par le bas :

grouillot de laboratoire, employé de bureau.

Quel bonheur de recevoir une première fiche de paie quand on a 16 ans… et de pouvoir s’offrir « la famille Hernandez » à la salle Pierre Bordes sans rien demander à personne.

 

Et le temps du « service militaire » est arrivé : comme il manquait un zouave à la caserne d’Orléans, je fus le 9 ème en octobre 1958 . Nanti d’un contrat pour 27 mois, je parcourus les échelons d’un appelé ordinaire : classes à Dellys, EOR à Cherchell.

En ayant assez de faire le zouave, je crus que devenir tirailleur algérien me changerait un peu.

Ce fut le cas. L’Ouarsenis, les régions de Mascara, de Mostaganem et du Dhara n’eurent plus de secret pour moi et, quand je revenais en permission sur Alger, je pouvais aller « faire le coq » aux bains militaires…

 

Hélas, fin 1960 déjà, revenu à la vie civile, j’optais pour ma première croisière en bateau, sur le Djebel Dira, qui me débarqua à Port-Vendres, ma petite valise à la main.

 


adieu Alger, bonjour la France !

 

Dur, c’est dur de s’intégrer à la vie parisienne !

 
 
au revoir Paris, bonjour l’Afrique !
 


Six mois plus tard, après avoir répondu à une annonce du Figaro, je débarquais matinalement dans une capitale africaine, qui n’existait pas encore sur le Guide bleu d’alors, Niamey…

Et pour cause, cette colonie française de l’AOF devenant République en profitait pour déplacer son siège administratif de Zinder, en pleine savane, sur Niamey, à mille kilomètres de là, au bord du fleuve Niger.

 

Quatre années laborieuses au sein d’un « comptoir colonial » , où tout s’apprend sur le terrain,

me permirent de parcourir de long en large ce magnifique pays. Nos plus belles découvertes, nos plus sincères amitiés, c’est dans ce rude pays, que mon épouse et moi-même, nous les avons vécues.

 

Un poste qui se libérait dans un autre pays, fin 1965, nous fit quitter le Sahel.

 
au revoir le Niger, bonjour la Côte d’Ivoire ! 
 

Dur, c’est dur là aussi de passer de la vie d’une petite ville coloniale à celle d’ une capitale de près d’un million d’habitants, à cette époque.

 

Si notre président passe, lui, de l’ombre à la lumière, nous, nous passions de la sécheresse à l’humidité et de la convivialité à l’indifférence.

 

En 35 ans, nous avons tout de même fini par nous y habituer.

Je vous fais grâce de mon parcours ivoirien tant il fut dense et gratifiant..

C’est dans ce territoire que nos deux enfants s’éveillèrent à la vie, devenant ainsi notre nouvelle priorité.

 

Quand, dans les années 50, je déambulais du haut de mes douze ans dans les rues d’El-Biar, je me suis souvent demandé si, en 2000, je serai toujours de ce monde.

Atteindre le siècle nouveau était une barrière idéale que je m’étais fixée.

J’y suis arrivé, et il était temps de changer de vie.

 


au revoir la Côte d’Ivoire, bonjour la France !

 

Et c’est, retirés dans le sud-est, qu’un jour de 2006, une recherche sur le net nous révéla qu’une association des anciens de Saint Joseph était active depuis plus de trente ans. C’était la somme de nos années de Côte d’Ivoire. Nous en ignorions tout.

 

Merci à ceux qui la font vivre. Ils nous ont permis, lors du rendez-vous annuel de la Blache,

de retrouver là, des anciens avec lesquels nous avons usé nos fonds de culotte sur les bancs du pensionnat.

 

Espérons qu’ils vont se décider, à leur tour, à vous donner de « leurs nouvelles » sur le net…

 
 
 
Sergio109
externe de 1947 à 1953